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La "rusticité", un concept à manipuler avec précaution
Mercredi 29 juillet 2009, par // Point de vue autour de la maraichine
Extrait de la Lettre du CRAPAL, Numéro 34, juillet 2009 Edito
La "rusticité", un concept à manipuler avec précaution
La rusticité a volontiers été mise en avant pour justifier la sauvegarde de races loco-régionales incapables de répondre aux contraintes de l’intensification et du « productivisme ». Mais, définir précisément ce que le mot englobe a peu retenu l’attention des scientifiques, tant il est difficile d’échapper à la subjectivité.
C’est le grand mérite de l’Association Française de Zootechnie (AFZ) d’avoir consacré une journée d’étude sur ce sujet, en novembre 2008. Le titre du colloque traduisait clairement l’intention des organisateurs de ne pas en rester à une approche globalisante : « Robustesse, rusticité, flexibilité, plasticité … les nouveaux critères de qualité des animaux d’élevage ». Des scientifiques issus de différents secteurs d’activité (génétique, reproduction et développement, comportement, pathologie) ou concernés par telle ou telle espèce et système d’élevage (intensif, extensif, pays chauds) se sont succédés pour exposer leur approche.
Même si, de temps à autre, le mot « rusticité » a encore comme « échappé » à l’orateur pour être utilisé dans son sens général englobant, flou et subjectif, il semblerait qu’il faille s’efforcer dorénavant de faire les différences suivantes :
- la rusticité s’apprécierait strictement dans l’aptitude des animaux à exploiter des milieux défavorables, en système extensif,
- la robustesse désignerait la capacité d’animaux performants, élevés en système intensif, de rester en bonne santé,
- la flexibilité se traduirait par une facilité d’adaptation à des changements de systèmes d’élevage.
L’évolution du vocabulaire vient notamment des progrès de la génétique moléculaire –n’en disons pas plus- mais précisons que l’ambition des chercheurs est de parvenir à rompre l’opposition qui existe en moyenne entre les hautes performances et les qualités d’élevage considérées dans leur ensemble. On savait déjà que, sur tel ou tel point particulier intégré classiquement à la rusticité, il peut arriver qu’une race performante n’ait rien à envier à une race rustique mais l’ambition est bien plus grande : voir s’il est possible que des races performantes soient également, rustiques, robustes, flexibles…
Les éleveurs de races loco-régionales, spécialement s’ils fonctionnent par ailleurs en AB, ne croiront évidemment pas qu’une réponse positive puisse être apportée un jour à ce défi, et ils ne manqueront pas d’arguments pour étayer leur scepticisme. Au moins doivent-ils admettre que le concept de rusticité gagne à être manipulé avec précaution, et ne pas croire qu’une vieille race de pays, par définition rustique, peut se passer totalement de bons soins. Certains l’ont malheureusement vérifié à leur corps défendant. De toutes manières, on sait aujourd’hui qu’il y a bien d’autres arguments que la rusticité pour justifier le choix de conserver et valoriser une race locale et l’idée de redonner de la rusticité aux races performantes ne devrait donc pas susciter de jalousie. Mais, comme aurait dit le paysan d’autrefois : « Faudra voir ! »
Bernard DENIS
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