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Comment un écolo devient-il éleveur de maraîchines ?

Mercredi 4 février 2009, par admin // Point de vue autour de la maraichine

 

Comment un écolo devient-il éleveur de maraîchines ?

De la LPO1 à la Maraîchine

Employé à la LPO depuis 1994, j’ai consacré les 5 dernières années (1998-2003) de mon emploi au Marais breton, en contact permanent avec le monde agricole.

L’effarouchement des bernaches cravants dans les polders de Bouin, la responsabilité de la gestion des terrains LPO exploités par des éleveurs à Beauvoir-sur-Mer ainsi que le conseil et l’évaluation biologique des OGAF2 et OLAE3 m’ont ancré dans ce pays d’une richesse écologique rare.

Malgré mon enfance berrichonne dans la ferme en polyculture élevage du grand-père, je pense que ce sont ces dernières années d’employé à la LPO qui ont été déterminantes pour mon projet d’élevage.

Par nostalgie, j’acquiers en 2000 deux chevaux de trait et je débute la gestion écologique de 3 ha derrière ma maison. L’expérience est enthousiasmante : nous éprouvons du plaisir à atteler les juments pour la promenade et bientôt pour le travail du jardin et les menus travaux agricoles ! Le résultat écologique est spectaculaire, en 2002, 6 des 8 espèces de limicoles présentes en Marais breton nichent dans notre pré. Les plantes et autres amphibiens ne sont pas en reste : nous nous émerveillons de produire de la Renoncule à feuilles d’ophioglosse, de la Cardamine à petites fleurs et nous guettons les Tritons marbrés ou les Pélodytes qui rythment nos veillées printanières.

Devant une telle réussite de gestion écologique, je me mets en quête de terrain supplémentaire pour étendre cette production de biodiversité. Je trouve, à proximité de l’écomusée du Daviaud (commune de la Barre de Monts), une dizaine d’hectares en friche dont le propriétaire parisien accepte de m’affermer le terrain. Je décide de devenir éleveur à titre secondaire (cotisant solidaire MSA4) pour développer ce projet et j’achète mes deux premières vaches maraîchines et un broutard. La première vache sera une très bonne mère malgré son défaut d’encornure, alors que la seconde se révèlera difficile à gérer (instinct maternel très développé, rendant ses veaux sauvages). Le vendeur expérimenté aura repéré l’écolo crédule et enthousiaste d’acheter une vache qui avait fière allure.

Aparté sur le choix de la race maraîchine.

Bien que n’ayant pas encore d’idées précises concernant l’avenir de mon projet d’éleveur, j’ai eu dès le départ le souci simultané de produire de la biodiversité (objectif premier), tout en assurant la viabilité économique de cette expérience.

C’est cette nécessaire complémentarité d’objectifs qui m’a naturellement conduit à choisir la Maraîchine.

Conservation de la biodiversité domestique.

D’emblée, il m’est apparu cohérent de choisir une race menacée pour contribuer à la conservation de la biodiversité (génético-domestique, cette fois). Concernant la Vendée, c’est la Maraîchine qui « s’impose » comme race bovine menacée. Par ailleurs, la proximité de l’élevage conservatoire de l’association AREXCPO5 sur le site de l’écomusée du Daviaud me fait découvrir cette belle race. L’avenir m’apprendra que la Maraîchine, (Parthenaise type ancien) n’est pas aussi légitime en Marais breton qu’en Marais poitevin.

Rusticité.

La réputation de rusticité de la Maraîchine est la seconde motivation de mon choix. En l’absence de bâtiment d’élevage, la nécessité d’une vache qui vêle bien, supporte les intempéries et valorise des fourrages grossiers s’imposée. Cette réputation mériterait, à mon sens, d’être objectivée, puis valorisée. Il ne faut pas confondre race menacée et race rustique. Le canard de Challans est le contre exemple parfait d’une race menacée dont la production nécessite une attention de chaque instant telle que celle que lui vouaient les maraîchins du début du 20e siècle. Le canard de Challans, aujourd’hui élevé de façon industrielle (comme le poulet), n’a rien à voir avec le canard de Challans authentique. Le gabarit et la polyvalence de la Maraîchine tendent à confirmer la vertu rustique de la race. Les défenseurs de la Maraîchine (dont je fais partie) auraient intérêt d’objectiver ces critères de rusticité (facilité de vêlage, résistance aux intempéries, aux maladies liées aux zones humides, longévité, capacité à valoriser des fourrages grossiers, etc.) pour convaincre les nombreux gestionnaires d’espaces naturels présents entre Loire et Gironde (bassin d’origine de la Maraîchine) de l’intérêt de la race pour leurs sites. L’intérêt serait double pour la Maraîchine :

  • certains gestionnaires pourraient faire le choix d’acquérir des maraîchines à la place des sempiternelles highlandcattle ou autres races ou espèces exotiques.

  • les éleveurs de maraîchines se verraient proposer d’avantage d’espaces à vocation écologique pour leurs troupeaux.

Cette pratique déjà répandue (Réserve biologique de Nalliers, communaux du Marais poitevin, ferme de Choisy, Espace Naturel Sensible de l’écomusée du Daviaud, polder de Sébastopol sur l’île de Noirmoutier, etc.) a largement contribué au développement de mon projet.

 

1 LPO Ligue pour la Protection des Oiseaux

2 OGAF Opération Groupement Aménagement Foncier Environnement

3 OLAE Opération Locale Agri Environnement

4 MSA Mutualité Sociale Agricole

5 AREXCPO Association de Recherche

 

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